Particules, intentions

Particules
texte, partage et collecte sonore
projet initié dans le cadre d’une résidence de recherche à l’automne 2019 – en cours,
sur l’invitation des Capucins centre d’art contemporain d’Embrun

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Ce texte est né d’une série d’entretiens réalisés avec différentes personnes (de différentes régions) à qui j’ai demandé si elles avaient une anecdote, une histoire à me raconter sur ces petites particules : pollen, poussières, particules fines, toutes ces choses qui sont dans l’air et dans les conversations…

En avançant dans cette recherche, je n’ai fait que l’élargir toujours plus, car à partir de ce thème, cette poussière, on peut parler de tout : d’environnement, de santé, de travail, d’atomes, de galaxies, de chants des dunes, de batailles, de répression, de violence, de douceur, d’architecture, de bois, de communauté, d’immunité, de mémoire, de son, d’apparition, de fête, d’enfance,… bref de beaucoup beaucoup de choses. A chaque bifurcation, mille nouveaux chemins se sont ouverts et ma tache s’en est trouvée compliquée…

N’étant pas démiurge, je suis revenue à cette matière de base, les interviews, douze en tout, que j’ai retranscrites, accolées, cousues ensemble. J’ai enlevé tous les points et toutes les virgules et j’ai abouti à un long texte, un texte « asphyxié », de premier abord difficile à lire. Je vois tous ces mots comme en suspension dans l’air, des points discrets qui forment comme une grisaille. C’est une matière, une étendue, une forêt plantée qui a besoin d’être révélée par un geste, un rayon de lumière, un parcours, un souffle, un timbre de voix…Cette réserve de mots, ce bloc de langage qui tend à nous réduire au silence par sa masse, est aussi un gisement de potentiels, une réserve d’images. Ce long texte, je l’ai imprimé sur un rouleau de papier de 12 mètres de long. Il est devenu, en plus d’être une réserve, un support et un vecteur pour l’engendrement de nouvelles figures.

En effet, j’ai pensé que ces mots pourraient passer dans une autre dimension s’ils étaient chantés à la manière d’une psalmodie, d’une complainte médiévale, d’un chant polyphonique, d’un chant à inventer… C’était une intuition. J’ai pu avancer un peu dans ce sens en rencontrant, à Embrun, des personnes qui pratiquent le chant et qui ont eu envie de voir avec moi ce que ce texte a dans le ventre, dans la voix. J’ai poursuivi ce travail dans la région d’Annecy, sur l’invitation de l’école d’art puis dans d’autres régions. Autour de ce terrain de rencontre, nous avons improvisé seul.e, ensemble ou par petits groupes.

J’ai collecté un ensemble d’enregistrements de ces improvisations, constituant autant d’entrées singulières dans ce texte. L’improvisation-voix me permet de proposer un type d’engagement particulier, celui qui demande de se lancer, de prendre le risque, de faire avec nos fragilités et de constituer ainsi un lieu de partage. Cette collecte est à ses débuts. Elle se complètera au fur et à mesure.

Ce travail a été exposé à Ugine (74) sur l’invitation de l’ESAAA Annecy en février 2020 et au SOFT Ivry (94) en octobre 2020 dans le cadre de l’exposition « Désordres ».

Si vous souhaitez me faire parvenir des enregistrements de ce texte, vous pouvez me contacter à cette adresse : anna.principaud@gmail.com
Merci à celles et ceux qui m’ont accompagnée un bout de chemin dans cette recherche, illes se reconnaitront.

vue expo Désordres