Statement

Je fais de l’art.

Je fais de l’art
pour me tenir sur le seuil,
et faire de cet entre-deux
un lieu de rencontres,
de mélanges,
d’inventions,
pour ouvrir l’espace
à ses qualités de jeu,
pour m’occuper,
l’art c’est « un ensemble de pratiques quotidiennes pour rendre la vie présentable » (1)
l’art c’est « une manière de survivre à ses peurs » (2)
pour prendre la parole,
parce qu’il manque des corps
ou des limites,
l’art est “un instrument et n’a jamais été autre chose que ça ; je ne crois pas à l’autonomie de l’art.” (3)
pour habiter sans habitude,
pour penser les identités dans leur transformation,
pour imaginer d’autres manières d’être, de se tenir, d’autres corps,
pour des raisons politiques,
l’art c’est « la façon dont, en traçant des lignes, en disposant des mots ou en répartissant des surfaces, on dessine aussi les partages de l’espace commun. (…) On ne définit pas simplement des formes de l’art, mais certaines configurations du visible et du pensable, certaines formes d’habitations du monde sensible. » (4)
pour proposer,
pour avancer,
l’art c’est « ce qui rend la vie plus intéressante que l’art » (5)
pour l’intensité,
par curiosité,
pour faire que nous nous rencontrions,
pour rire car le rire étend sérieusement l’espace.

(1) Sylvie Blocher, Sylvie Blocher and other human voices, ed. Actes Sud, 2002
(2) Louise Bourgeois, Destruction du père, Reconstruction du père, daniel lelong éditeur, 2000
(3) Eric Michaux lors d’un débat avec Thierry de Duve, conférence Minimum 2, archive ensapc
(4) Jacques Rancière, « La surface du design », Le destin des images, ed. La Fabrique, 2003
(5) Robert Filliou, Robert Filliou : génie sans talent, ed. MAM Lille métropole, 2003